Udaipur, la belle ville blanche

Nous commençons notre deuxième semaine de voyage par la visite de la jolie ville d’Udaipur ! Connue sous le nom de la ville blanche, elle est construite autour d’un joli lac qui sublime ses paysages. Après Ahmedabad où nous sommes restées 3 jours, il est agréable de retrouver une “petite” ville (500 000 habitants haha). Comme d’habitude, ce n’est pas de tout repos avec une rencontre déroutante, des couchers de soleil, un spectacle de danse, et bien d’autres choses !

Lundi 13 Janvier

De Ahmedabad à Udaipur

Maman : Nous sommes parties de bonne heure ce matin en bus. Direction le Rajasthan, premier arrêt Udaipur, la ville blanche. Il fait nuit, le bus est confortable. Nous nous laissons bercer … et finissons par nous endormir … désolée l’écriture du blog va attendre encore un peu. Nous faisons un arrêt pipi. Ça va nous réveiller ! Un petit déjeuner commandé, à peine servies, le bus klaxonne, il faut remonter, le serveur apporte vite la note, puis une feuille d’aluminium pour tout emballer, notre repas se transforme en take away !!! Le bus à failli repartir sans nous …  

Nous sommes sur l’autoroute 3 voies, beaucoup de camions lents sur la voie de droite. En France nous mettons le clignotant pour doubler et informer de notre intention … eux non ! Ils klaxonnent à tout va chaque véhicule sur leur chemin !   

En plus, partant d’une bonne intention le chauffeur nous diffuse des films indiens depuis le départ … le niveau sonore dans le bus est très élevé !! 

Arrivées à Udaipur   

Léna : A peine descendues du bus, les chauffeurs de rickshaw nous tombent dessus, ils nous demandent 200 rs pour aller au centre, j’essaye de négocier mais ils refusent de descendre en dessous de 150 rs, je pense que c’est trop cher mais avec la cheville de maman, pas le choix, on cède. De toute façon, avec la circulation dans ce pays, il est très compliqué de se déplacer à pied ! Il y a une immense file de véhicules pour rentrer dans le centre-ville, une voiture devant nous veut tourner sur la droite mais en raison du trafic, elle ne peut pas passer, un autre chauffeur s’excite sur le klaxon et fait signe à la voiture d’aller tout droit … à notre grande surprise, il s’exécute ! Dans ce pays, tu ne fais jamais ce que tu veux !

Nous séjournons à Palace View Guesthouse, en haut d’une côte dont la route est totalement défoncée et en travaux. Nous sommes super bien accueillies par Nirmala, une dame qui ne parle pas très bien anglais mais d’une grande générosité. A peine installées, elle nous épluche des pommes, nous donne des chips faites maison, elle s’inquiète pour le pied de maman et lui propose une bande qui tient chaud, son mari est médecin et elle lui demande donc d’acheter une bande et une crème pour nous, c’est adorable ! 

Maman : Nous visitons la maison de notre hôte, elle est joliment décorée avec des peintures très fines et colorées. Sur le toit, la terrasse propose une jolie vue sur le palais gigantesque et sur la ville. Des tortues partagent aussi cet espace. C’est très paisible car un peu à l’écart de la circulation et donc du bruit. Ça fait du bien après la nuit dans le bus tellement bruyant.  

Vue sur le palais de la chambre

Autrefois, un maharadjah a fait construire un immense palace et creuser un lac pour cette ville qui est très jolie et beaucoup plus calme ; peut-être aussi parce qu’elle ne compte que 500 000 habitants … après Mumbai et Ahmedabad, nous avons l’impression de mieux respirer aussi. 

Léna : A chaque fois que j’émets l’idée de manger, maman répond qu’elle n’a pas très faim… alors je repousse jusqu’à être affamée et après l’heure, ce n’est plus l’heure. Bref, c’est un vrai régime pour moi qui adore manger. Là, il est 15h30 et miracle, nous allons enfin manger ! Nous voulons être au bord de l’eau, je craque pour le café Boho ! Un peu hipster avec une jolie déco et une belle vue sur le lac. Au menu : Dal palak (lentilles épinards), un curry tomates-aubergines, des rotis (pains), du riz. Nous avons encore du mal à doser les quantités, mais c’est excellent !  

Maman : Ce sera sans doute le seul repas de la journée vue l’heure !! Pas ma faute je n’arrête pas de lui dire on va manger, même si je n’ai pas spécialement faim … mais il y a plein de choses à photographier, temples à visiter, … sur notre chemin ! Elle veut tout voir et manger après ! Nos estomacs ne sont jamais synchros

Léna : Je veux tout voir, tout prendre en photos et …. tout goûter !! Après ce bon déjeuner tardif, nous nous promenons au bord du lac, incroyablement beau et photogénique !

 Entre quiétude et tourisme de masse …  

Maman : Nous nous promenons à la découverte de cette nouvelle ville : des sourires, des regards bienveillants, des bonjours lancés de nulle part sur notre passage, des saris aux couleurs magnifiques, des odeurs diverses et variées, une femme peint debout sur un bord de mur en pente, pieds nus et en sari, normal ici ! Elles ont les mêmes activités que les hommes. 

Un temple, perché en haut de quelques marches, semble attirer du monde. Une femme assise au milieu des personnes venues se recueillir chante comme un accordéon, pas de temps de répit entre deux, elle chante sur l’inspiration puis sur l’expiration, sans s’interrompre, cela produit un son continu, magnifique ! Séquence émotion et chair de poule ! Léna observe un rat qui semble s’agiter au son de la voix, pas du tout effrayé par les gens présents juste à côté de lui.   

Léna : La ville d’Udaipur est très jolie mais aussi très touristique. Partout où l’on passe, les commerçants nous alpaguent et sont très insistants. A notre grande surprise, ils nous parlent … en français ! Dans un bon français ! Ça nous change beaucoup de ce que nous avions pu vivre précédemment, nous perdons l’authenticité des échanges avec eux et pire nous n’avons pas envie de leur parler ! Chaque parole qu’ils nous lancent est intéressée, leur seul but est de nous faire rentrer dans leur boutique pour nous vendre quelque chose. Je n’aime pas du tout cette ambiance, ça me braque.  

Maman : Une fois de plus, je déplore les dégâts du tourisme sur les gens obligés d’en vivre mais aussi sur la population qui est métamorphosée au contact des étrangers. Nous essayons de garder notre sourire quand nous les croisons mais le cœur y est moins.  

Un temple, dans une petite impasse mignonette au bord de la rivière nous donne envie de nous retirer dans une pause contemplation méditative ; réflexion sur ce que nous vivons, nos ressentis, notre chance d’être ici, notre bonheur partagé, …   

Léna : Après ce long moment de tranquillité au bord de l’eau, nous repartons de l’autre côté de la rivière pour observer le coucher de soleil depuis un rooftop. Sur le chemin maman marche dans … une bouse de vache. Mais attention, pas n’importe quelle vache, une vache SACREE ! Et pas n’importe quel pied, le blessé ! Comme si ça faisait une différence… Résultat, la voilà assise sur les marches en train de nettoyer sa chaussure dans l’eau… Pas sortable !

Pas très loin, un vieux monsieur est en train de laver son linge dans la rivière, il frotte, bat le linge, nous lui faisons un sourire en passant à côté de lui et nous constatons que ses dents (son dentier) sont posées à côté de lui sur le trottoir, à même le sol !!! Beurk, bon appétit… 

Maman : Aujourd’hui, le ciel était nuageux, gris noir pour être précise. Pourtant il n’a pas plu, malgré les prévisions de notre hôtesse, tant mieux nous avons pu faire une belle balade. Nous décidons d’aller au restaurant Jheez, situé au bord du lac car il a une superbe terrasse réputée pour son emplacement face au coucher de soleil sur la ville. Nous commandons un thé cardamome et lait, autrement dit un chaï en observant le ciel s’obscurcir au moment du sunset ; mais soudain, oh …  un trou entre les nuages laisse passer des rayons, le soleil apparait, C’est vraiment superbe. Encore mieux qu’une carte postale ! 

Spectacle de danse et rencontre …  

Léna : A peine le soleil caché, il nous faut vite repartir, nous souhaitons acheter nos tickets pour le spectacle au Bagore Ki Haveli qui a lieu chaque soir. Arrivées devant le guichet, la file est interminable, on se croirait à Disney ! Il y a même 2 hommes qui font la circulation dans la cour intérieure pour s’assurer que personne ne double ! A l’entrée une énorme flaque d’eau, des palettes ont été entreposées pour que l’on puisse enjamber sans se mouiller les pieds. Résultat, tout ce monde qui attend doit marcher sur les palettes sans tomber, et nous ne pouvons pas nous croiser ! Un peu le bazar… Maman reste pour faire la queue tandis que je m’éclipse quelques secondes pour aller prendre en photo le coucher du soleil (encore).  

Le ciel est magnifique, j’adore ! Un mec m’aborde en anglais, il m’offre du popcorn, je refuse, nous avons déjà bien mangé. Nous discutons quelques minutes et à ma grande surprise, il ne me propose pas d’acheter quoi que ce soit ! Après la journée que nous avons passée, j’apprécie cette conversation désintéressée. Il me dit avoir vécu en France pendant 3 mois, à Quimper et il a un petit peu appris le français. Il m’invite à aller boire un verre mais je lui dis que je dois retourner voir maman car nous avons prévu d’aller au spectacle, il veut la rencontrer et nous partons donc la rejoindre.  

Maman : Il n’y a plus de place pour cette séance et il faut attendre une heure pour la prochaine. Léna est revenue de son escapade au bord de la rivière accompagnée d’un jeune homme qui présente plutôt bien. Il nous propose de nous asseoir sur les marches au bord de l’eau. C’est très agréable car nous sommes au calme, à l’écart de la circulation et du monde, avec les pigeons très nombreux par ici, qui se posent à proximité.

Rahul nous raconte sa venue en France, il est fier d’utiliser les quelques mots qu’il a appris. En résumé : “Quimper, c’est bien mais ça caille”. Il fabrique des habits pour « mecs », et c’était aussi la raison de sa venue en France, il alterne l’anglais et le français de la rue. Il nous précise aussi qu’il est un bad boy qui boit et fume aussi parfois des « pétards ». Après 3 mois avec sa copine française, il lui a dit « namaste » mains jointes en prière, pour lui dire que c’était fini. 

Il va nous chercher un chai qu’il rapporte au bord de l’eau dans un sac en plastique accompagné de 3 tasses (de la taille d’un shot comme c’est la coutume ici) qu’il remplit du liquide brûlant et nous les sert comme si cela était parfaitement normal tout en continuant à nous faire la conversation. 

Il vit avec ses parents et sa sœur, son père est artiste peintre. Tous les jeunes font des études de peinture ici, lui veut se différencier ; Il nous développe sa philosophie de vie : Impossible, s’épelle en anglais “I am possible”.

Il nous invite à venir manger des pâtes chez lui avec sa famille demain. Ce sera la fête des cerf-volants à travers tout le pays. Nous lui demandons s’il a prévu de faire quelque chose. Il répond qu’il n’a pas de cerf-volant “mais si tu veux j’ai un roof”. On lui demande alors s’il sait faire ? “Non mais je vais chercher.”

Léna : Puis, vient à nouveau l’heure du spectacle, nous disons au revoir à Rahul qui nous propose de le rejoindre demain au même endroit, très bien, le rendez-vous est pris. Nous nous retrouvons à nouveau à faire la queue mais pour rentrer cette fois. Une famille indienne de 3 générations nous demande un ou plutôt de nombreux selfies pendant que nous patientons. Nous acceptons gentiment et essayons d’échanger quelques mots. Lorsque nous commençons à avancer, la mamie se faufile dans la queue pour griller tout le monde, elle gruge clairement ! Elle est toute petite et personne ne la remarque. Le reste de la famille avance normalement. En fait, elle est partie pour réserver les places pour sa famille au deuxième rang et pour nous, … tout devant ! Trop mignonne.

C’est un très joli spectacle de danses traditionnelles du Rajasthan ! Les femmes se déplacent avec des pots sur la tête, tout en faisant virevolter leurs robes magnifiques, certains sont empilés sur plus de 2 mètres de hauteur ! C’est très impressionnant.  

Maman : De retour chez Nirmala, elle m’envoie à la douche car elle veut me soigner juste après. Pas d’autre choix que d’obéir, elle me donne une crème semblable au baume du tigre à appliquer sur mon pied toujours très enflé. Puis elle enroule une bande « chauffante » tout autour de ma cheville sans toucher ma peau avec ses doigts. Je sens la chaleur qui se diffuse, son mari a conseillé de faire ça. Elle est très fière d’être mon infirmière.   

Léna : Pendant que Maman se fait soigner, je me rends sur le toit pour observer le palais de nuit et le moins qu’on puisse dire c’est que c’est vraiment très impressionnant !

Mardi 14 Janvier

Deuxième journée à Udaipur

Maman : J’ai très bien dormi mais comme toujours, je suis réveillée à 6h par la musique d’une procession de personnes qui passent sous nos fenêtres en allant au temple puis des gens qui crient dans la rue car c’est le festival des beggers, les mendiants, les pauvres, viennent demander dans les maisons des dons. Dans la rue, ils sont plus nombreux que les jours précédents et se rassemblent au pied du temple. Des jeunes, des personnes âgées, des personnes handicapées, amputées d’un ou plusieurs membres, des enfants à moitié nus, des bébés dans les bras des mamans, … Nous sommes beaucoup sollicitées par rapport à d’habitude. Difficile de les regarder ! Difficile de leur refuser ! Et pourtant …    

Visite du Palais   

Léna : Comme tous les matins, j’ai du mal à émerger, nous sommes un petit peu en retard sur notre programme de la journée. Nous décidons de zapper la balade au bord de l’eau pour nous rendre directement au palais. Nous nous arrêtons dans un petit shop qui vend des samosas, il n’y a que des indiens qui mangent, ce doit être une bonne adresse. Maman dépasse son aversion pour le salé au réveil et nous commandons sans trop savoir ce que nous allons manger. Un des beignets ressemble à un gros piment frit, ouuuf, c’est un poivron ! Au moment où nous nous levons pour partir, le cuistot nous invite à nous rasseoir, nous n’avons pas encore bu le chai ! Encore une fois, nous ne faisons pas ce que nous voulons en Inde. Nous acceptons bien volontiers ; le chai va finir de nous réveiller.  

Dans le palais, nous voulons prendre l’audioguide mais nous sommes parties sans pièce d’identité pouvant faire office de caution et nous n’avons pas non plus d’argent ! Un comble ! Nous sommes vraiment venues les mains dans les poches, de vraies touristes haha.  Après de longues négociations et avoir laissé le peu de choses que nous avions sur nous, nous finissons par rentrer, ils sont sympas !

Maman : Le palais est très joli mais aussi très imposant. 250 mètres de long et 30 mètres de haut. Le fondateur de la ville, Udai Singh a choisi le soleil pour emblème, à la même époque Louis XIV aussi. Il veut toujours voir le soleil avant de déjeuner, aussi il en a placé dans plusieurs salles pour les jours nuageux. Nous sommes bien d’accord avec lui !  Il est encore tôt et nous visitons tranquillement, passant d’une pièce à l’autre, couloirs et escaliers se succèdent, nous nous arrêtons dans les cours intérieures pour apprécier les lieux mais petit à petit, les touristes arrivent de plus en plus nombreux. Les jardins sont superbes. On a une jolie vue sur le lac.

La visite du musée est intéressante aussi, des tableaux représentent la vie des différents Maharajas et leurs batailles. On peut voir l’armure du cheval d’un célèbre guerrier qui pèse 35 kg, celui-ci portait une fausse trompe pour gruger les éléphants ennemis. Le dernier qui a habité ici était handicapé et a fait installer un ascenseur en 1940. Dans la cour des festivités, un drap tendu permettait aux femmes de voir sans être vues.

Puis nous arrivons dans une très belle cour intérieure. 3 paons sont représentés avec des petits carreaux de faïence, de verre, de petits miroirs, … c’est juste magnifique. Ils symbolisent les 3 saisons : hiver, printemps, mousson. Mais le paon est aussi le symbole de l’Inde, l’oiseau national. 

 Après-midi dans une famille indienne  

Léna : Après la visite, nous avons rendez-vous avec Rahul, nous devons rencontrer sa famille et passer la journée ensemble. Sur le chemin, nous entrons pour acheter 2 pantalons que nous avions repérés mais malheureusement, nous n’avons toujours pas d’argent sur nous et la carte de maman ne fonctionne pas.  Moi, je n’ai pas ma carte de crédit. Nous faisons le tour des distributeurs, tous sont en panne, sauf un devant lequel, vous l’aurez deviné, il y a beaucoup de monde qui attend. 

Maman : Nous faisons la queue. Certains abandonnent car chaque transaction prend énormément de temps. Un indien remonte toute la file et se positionne devant nous ! Je m’agace et lui demande de faire la queue comme tout le monde, il n’apprécie pas que je fasse cette remarque, après quelques échanges peu sympathiques, mais respectueux, il n’est pas content mais finit par partir. Une touriste derrière moi me félicite mais Léna me rappelle que nous ne sommes pas chez nous !! Enfin, quelques minutes plus tard, c’est notre tour mais la machine n’a plus d’argent un monsieur vient la recharger…. une dizaine de minutes plus tard c’est enfin à nous …. mais la carte ne fonctionne toujours pas … nous repartons voilà une heure que nous sommes là ! C’est long ! Et toujours pas d’argent !  

Notre nouvel ami rencontré la veille et qui nous a donné rendez-vous est là. Il nous fait monter toutes les deux derrière lui sur la moto. En quelques minutes nous sommes devant chez lui. Une maison à étage dont il occupe le rez-de-chaussée avec ses parents et sa sœur qui a un enfant.  Elle est justement allongée avec lui pour l’endormir. Ils sont dans une grande pièce avec juste un lit. Un ami de Rahul se joint à nous, il est peu bavard. Une vieille femme, qu’il considère comme sa mère vient nous saluer. 

La sœur nous propose d’apprendre à préparer l’aloo matar accompagné des chapatis et le chaï. Beau moment d’échange ! 

Léna : Première fois que nous voyons comment est fait le chai ! Le thé infuse avec le lait et le gingembre, quand ça bout, il faut ajouter l’eau et le sucre. Nous dégustons c’est très bon. Puis, nous nous installons par terre à côté du lit sur un tapis pour éplucher les légumes qui vont servir au déjeuner : pommes de terre, ail, petit pois. Nous utilisons un moulin manuel pour écraser l’ail et les oignons avec le gingembre. Nous allons ensuite dans la petite cuisine pour cuire l’aloo matar (littéralement : pomme de terre et petit pois). Dans la casserole nous faisons revenir les épices dans l’huile avant d’ajouter les légumes, de l’eau et enfin, on couvre avec le bouchon.  

Maman : Pendant la cuisson des légumes, nous préparons la pâte des chapatis : farine, eau, sel et il faut malaxer longtemps mais c’est très imparfait. La jeune femme termine en un tour de main. Puis, elle prépare une poêle, de l’huile, nous faisons de petites boules de pâte rondes avec les mains, nous les étalons une par une avec un rouleau à pâtisserie, nous les jetons sur la poêle chaude recto puis verso. Puis à l’aide d’une cuillère, nous mettons un peu d’huile sur la crêpe qui se met immédiatement à gonfler !  Nous nous installons les uns à côté des autres, assis en tailleur sur le lit et nous dégustons notre repas préparé ensemble …. Trop bon !   

Pour terminer la journée en beauté, nous repartons dans la ville et poussons tout au bout du quartier pour voir le coucher du soleil, le ciel est bien dégagé, le lac à nos pieds, c’est très beau.  

Léna : Au moment de nous séparer, nous sentons que nos 2 gentils accompagnateurs sont un peu pressants et ont changé d’attitude, ils nous font rentrer dans une boutique pour que l’on achète des peintures miniatures (très belles mais très chères). Pas très à l’aise, nous décidons de repartir. Sur le chemin du retour, je veux acheter quelque chose et réalise qu’il me manque de l’argent dans mon porte-monnaie, il manque environ 400 rs soit 5 euros. Je n’avais pas plus puisque la carte de maman n’a pas fonctionné et que nous n’avons pas pu en retirer, une chance !

Pour une fois, je sais exactement combien j’avais d’argent puisque j’ai galéré à laisser une caution au musée ce matin, je leur avais donné tout mon argent en petites coupures. Nous refaisons le film de la journée à l’envers et sommes forcées de nous rendre à l’évidence, Rahul a essayé de nous arnaquer, malheureusement pour lui et heureusement pour nous, nous n’avions pas d’argent en liquide sur nous ! En discutant avec maman, nous réalisons toutes les incohérences de la journée, les signes avant-coureurs que nous avions ignorés, je suis profondément déçue. Je m’en fiche de l’argent, mais ce coup monté sur plus de 24 heures me fait réellement de la peine. Aussi, je suis triste pour Rahul qui doit être à la limite de la schizophrénie pour être aussi gentil et généreux avec nous pour mieux ensuite voler de l’argent dans nos sacs. Malheureusement, je suis persuadée qu’il n’est pas à son coup d’essai, le stratagème est trop bien monté. Après concertation avec maman, nous sommes presque convaincues que les deux femmes avec qui nous avons fait à manger aujourd’hui ignoraient tout de la supercherie, elles avaient l’air beaucoup trop innocentes pour être des complices de cette arnaque.

Eh oui, dès le départ dans cette ville, nous avions senti que nous n’arriverions pas à faire de belles rencontres et malheureusement, ça s’est révélé vrai. Comme je suis persuadée que rien n’arrive par hasard, je pense que la carte de maman n’a pas fonctionné ce matin car nous allions vivre une mauvaise expérience. Je crois fort fort au karma et en l’occurrence, le destin était de notre côté aujourd’hui.  

Je cogite toute la soirée, je suis triste d’avoir été manipulée, moi qui veux toujours voir le meilleur chez les autres, mon intuition a failli aujourd’hui. Après une séance de yoga dans la chambre pour me changer les idées et réaligner mes chakras, je me couche le cerveau embrouillé et plein de doutes sur la suite de notre voyage…  

Mercredi 15 Janvier

Dernier matin à Udaipur

Léna : Au réveil, tout va mieux, je décide de repartir du bon pied et de ne pas me laisser miner par ce triste évènement. Ce matin nous nous sommes tenues au programme et à 8h nous sommes au bord de l’eau pour observer les coutumes et rituels des locaux. Chaque matin, ils viennent se laver et faire leur lessive dans la rivière. L’eau doit être super froide ! Il fait 9 degrés dehors, aglagla. Un homme est en slip, il n’hésite pas à nous parler, cela semble normal pour eux d’avoir une salle de bain en extérieur avec des gens qui passent juste à côté. Nous ne voyons pas de femmes dans l’eau, en revanche, elles font la lessive à la main, vêtues de leurs beaux saris qui sont mouillés, elles tapent le linge de toute leur force, c’est physique ! 

Maman : Des singes jouent sur le toit des maisons et nous regardons ce spectacle depuis le pont qui traverse le lac à cet endroit. Mais petit à petit ils se rapprochent, jusqu’à nous frôler en courant sur la rambarde tout près de nous. 

Nous nous promenons dans la ville matinale. Des piments et des citrons sont suspendus à un fil à l’entrée des magasins. Cela a certainement une signification qui nous échappe. Léna suggère que nous nous arrêtions dans une petite boutique qui propose un petit déjeuner sucré ! Ouiii !!! Je choisis un muesli fromage blanc et fruits trop bon. Puis, nous faisons nos derniers pas dans la ville d’Udaipur la blanche.  

Temple Jain de Ranakpur

Léna : 3 heures de bus très local plus tard, nous arrivons à Ranakpur !. Nous sommes surprises d’apprendre que le bus est 20% moins cher pour les femmes. Pour changer, j’ai faim en arrivant, en même temps il est déjà midi passé. J’ai lu dans le guide que nous pouvions manger un repas « jaïn » à l’intérieur du temple. Nous trouvons facilement le réfectoire et sommes invitées à nous asseoir au bout d’une rangée de personnes installées côte à côte par ordre d’arrivée. La femme près de moi me demande si j’ai amené un torchon, je ne comprends pas vraiment la question et réponds donc que non. Elle me donne immédiatement le sien, c’est pour nettoyer l’assiette et le verre qui sont posés devant nous. 

Qu’est-ce qu’un repas Jain ? C’est un repas végétalien qui ne contient ni racines, ni excitants (pas de pomme de terre, pas d’oignon ni d’ail, …) 

Les serveurs (des volontaires du temple) passent à la queue leu leu pour nous servir, on ne sait pas bien ce qu’on mange, la femme à côté de moi me traduit gentiment l’élément principal de chaque plat. De toutes façons, nous allons tout goûter, nous demandons un tout petit peu de tout pour nous assurer que ce ne soit pas trop épicé et à notre goût. Les serveurs passent et repassent pour re-re-remplir nos assiettes ! Nous avons pu choisir ce que nous préférons entre gâteau de semoule, soupe épicée, lentilles, confiture, sauce pimentée, légumes bizarres, … Le tout, pour moins d’un euro par personne ! Nous sommes repues ! 

Maman : Le temple Adinath est un sanctuaire jaïn, très imposant à l’extérieur (1500 m², 33 mètres de haut) et magnifique à l’intérieur, entièrement en marbre.

Qui dit temple jaïn dit interdiction d’entrer avec les chaussures bien sûr, jambes et épaules dénudées mais aussi avec des objets en cuir, aliments, boisson, cigarettes, … le personnel qui assure la sécurité applique les consignes très strictes.  

Une avancée devant l’entrée montre des frises sculptées. Certaines figures représentent des couples en pleine action ou des femmes qui accouchent. Nous nous avançons à l’intérieur et nous sommes accueillies par 1444 piliers en marbre, C’est magnifique, ils sont tous uniques, tous différents, la pierre est travaillée comme de la dentelle. Nous apprenons que l’un d’entre eux n’est pas droit. C’est volontaire car Dieu seul est parfait, pas l’homme ! L’audioguide nous raconte l’histoire de ce temple mais nous explique aussi chaque détail important de la construction toute en marbre. C’est tout simplement magique ! Par les ouvertures nous avons une vue sur les montagnes des alentours.   

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Léna : Maman voulait ensuite que l’on aille visiter un autre site classé à l’UNESCO à quelques 60 km d’ici. Après recherche, il n’y a pas de moyen de transport pour s’y rendre. Je lui réponds donc que, pas le choix, c’est déplacement en stop dans ces cas-là ! Elle fait la moue, dans le guide du routard, il est indiqué « 12km à vol d’oiseau » l’autre option c’est de trouver un oiseau ! Résultat, nous n’y allons pas et attrapons le bus pour Jodhpur qui passe exactement au moment où l’on sort du temple, perfect timing !!

Les 4h30 de bus sont extrêmement longues, la porte du conducteur s’ouvre dans les virages, il conduit donc une main sur le guidon et une sur la poignée de porte, enfin, ça c’est quand il n’est pas au téléphone en même temps ou qu’il ne fait pas coucou à chaque personne que l’on croise !!  

Maman : Les arrêts sont nombreux, même quand il n’y en a pas d’officiels, les gens montent et descendent sans cesse, on a l’impression que l’on n’arrivera jamais à destination !

La circulation ralentit, presque à l’arrêt, on entend de la musique, les gens sont au milieu de la route, habillés de beaux habits, magnifiques saris, beaucoup de couleurs, même les chevaux sont costumés, leurs cavaliers ont fière allure, un mariage ! Plus loin, ce sont des vaches dont les cornes ont été colorées.

Une femme assise à côté de moi regarde ce que l’on fait. J’essaie d’échanger quelques mots mais rien ne passe, elle me fait des sourires et me parle dans sa langue. Je décide de montrer quelques photos pré-sélectionnées pour décrire notre univers en France : famille, maison, chat, jardin, paysages, Cahors, … Elle regarde attentive, curieuse, jusqu’au moment où je montre mon alliance et la photo de notre petite famille, Léna, mon mari et moi. Son visage s’éclaire d’un coup, elle se tourne vers quelqu’un derrière elle et lui parle rapidement, je sens les gens se lever à l’arrière pour voir mon téléphone, je le leur tends et le voilà qui circule dans le bus avant de me revenir !

Nous comprenons une fois de plus que notre duo mère fille au milieu d’eux dans ce pays si éloigné du nôtre les interpelle ; les gens s’interrogeaient sur notre situation sans nous aborder, pourtant ils étaient soucieux : pourquoi n’y a-t-il pas d’homme avec elles ? Et cette image de la famille soudée a répondu à tous.  

Arrivées à Jodhpur  

Léna : Il fait déjà nuit lorsque nous arrivons à Jodhpur, cette nouvelle étape de notre périple. Nous prenons un tutkutk jusqu’à notre guest house située au pied du fort. Nous découvrons une ville toute bleue, comme un petit air de Chefchaouen au Maroc ! Mais ça, nous vous le raconterons dans le prochain épisode !

La ville d’Udaipur nous a subjuguée par sa beauté, les couchers de soleil sur le lac sont clairement incroyables et le palais grandiose ! Nous n’avons malheureusement pas réussi à faire de jolies rencontres authentiques et nous avons pour la première fois en Inde, été dérangée par l’insistance des vendeurs. Nous avons aussi expérimenté notre première “arnaque” mais comme je l’ai si bien lu à maintes reprises “Voyager en Inde sans se faire arnaquer, ce n’est pas voyager en Inde!“. Alors voilà, nous espérons simplement que ça ne se reproduise pas plus souvent et que nous aurons de nouveau de très belles expériences humaines désintéressées.